Hazim Sebbata: «La conformité en matière de lutte contre le blanchiment d’argent n’est pas une option, c’est une obligation légale claire»

Source: challenge · 2026-06-08

Au Maroc, le dispositif de lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme s’est considérablement renforcé ces dernières années, notamment après la sortie du pays de la liste …

107 Au Maroc, le dispositif de lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme s’est considérablement renforcé ces dernières années, notamment après la sortie du pays de la liste grise du GAFI en 2023. Cette évolution s’accompagne d’exigences accrues pour les institutions financières et les professions dites « assujetties », qui doivent désormais mettre en place des mécanismes rigoureux de conformité: procédures de connaissance du client (KYC), vérification des listes de sanctions internationales, identification des personnes politiquement exposées ou encore conservation de traces d’audit. Dans cette interview Hazim Sebbata, l’ancien DG de Cash Plus actuellement a la tête de ScreenEdge, une plateforme dédiée, nous en parle…. Le sujet des personnes assujetties, on en parle peu. Pouvez-vous expliquer cette discipline ? Dans la lutte contre le blanchiment d’argent, la responsabilité ne repose pas uniquement sur les autorités publiques. Elle repose aussi sur certains acteurs économiques qui ont une position privilégiée pour observer les flux financiers. Ces acteurs sont appelés les personnes assujetties. Ils ont l’obligation de mettre en place un dispositif de vigilance. Cela signifie identifier leurs clients, comprendre l’objet de la relation d’affaires, vérifier l’origine des fonds dans certaines situations et signaler les opérations suspectes. Au Maroc, ce cadre est structuré par la loi 43 05 relative à la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme, complétée par plusieurs textes d’application et directives sectorielles. L’un des piliers de cette discipline est l’identification de la relation d’affaires : savoir avec qui l’on travaille réellement et pour quel type d’opération. Cette étape peut paraître simple, mais elle devient rapidement complexe dès que l’on est confronté à des structures juridiques, des sociétés interposées ou des bénéficiaires effectifs difficiles à identifier. Dans ce contexte, la conformité n’est pas une formalité. C’est un travail d’analyse et de responsabilité. À quel point est-ce obligatoire ? La conformité en matière de lutte contre le blanchiment d’argent n’est pas une option, c’est une obligation légale claire. Les personnes assujetties doivent mettre en place un dispositif de vigilance complet. Cela inclut l’identification des clients, la compréhension de la relation d’affaires, l’identification des bénéficiaires effectifs, la détection d’opérations inhabituelles et, lorsque c’est nécessaire, la déclaration de soupçon auprès des autorités compétentes. Au Maroc, ces obligations sont prévues par la loi 43 05 relative à la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme, complétée par plusieurs textes d’application et par les directives des autorités de supervision sectorielles. Pour les professions concernées, la responsabilité est réelle. En cas de manquement, les sanctions peuvent être disciplinaires, financières et, dans certaines situations, pénales. Cette exigence ne relève pas uniquement du cadre national. Elle s’inscrit dans un dispositif international beaucoup plus large. Les standards sont définis par le Groupe d’Action Financière, le GAFI, qui évalue régulièrement les dispositifs de conformité des pays. Ces évaluations ont un impact direct sur la crédibilité financière des États, l’accès aux marchés internationaux et les relations bancaires. Dans ce contexte, les professions non financières deviennent progressivement le nouveau front de la conformité. Les criminels financiers ont toujours tendance à se déplacer vers les zones les moins surveillées. Les autorités internationales ont donc élargi les obligations de vigilance à tous les acteurs qui interviennent dans la structuration économique et patrimoniale. Pour beaucoup de professionnels, la question n’est donc plus de savoir si ces obligations existent. La vraie question est : comment les appliquer concrètement, efficacement et sans transformer leur activité en machine administrative. Qui sont les concernés ? On pense souvent spontanément aux banques. En réalité, le périmètre est beaucoup plus large. Notre travail se concentre principalement sur les personnes assujetties non financières. On y retrouve notamment : les agents immobiliers, les avocats et professionnels du juridique, les notaires, les experts comptables, les fiduciaires, les cabinets de conseil ou de structuration, les négociants en métaux ou pierres précieuses, certaines plateformes technologiques, etc. Ces professions ont un rôle clé dans l’économie réelle. Elles accompagnent la création de sociétés, les transactions immobilières, les opérations patrimoniales ou les échanges commerciaux. Elles sont donc naturellement exposées à des risques de blanchiment ou d’utilisation abusive de structures juridiques. Le problème est que la plupart de ces professions n’ont ni les équipes conformité ni les infrastructures technologiques des banques. C’est là que se situe le besoin réel : des outi