La souveraineté alimentaire en Afrique : le cas du Maroc

Source: challenge · 2026-05-30

La guerre de l’Ukraine et puis la crise du détroit d’Ormuz ont mis en lumière la vulnérabilité de l’Afrique concernant sa souveraineté alimentaire. Cet enjeu a été l’un des thèmes …

113 La guerre de l’Ukraine et puis la crise du détroit d’Ormuz ont mis en lumière la vulnérabilité de l’Afrique concernant sa souveraineté alimentaire. Cet enjeu a été l’un des thèmes traités en rapport avec la recherche et développement (RD) lors de l’Africa CEO Forum, qui s’est déroulé le 14 et 15 mai à Kigali au Rwanda. La souveraineté alimentaire pose un vrai dilemme au Maroc, car elle oppose un modèle d’agriculture intensive orientée vers l’exportation, mobilisant 85% des ressources en eau et l’impératif de préserver ses ressources hydriques pour assurer son autosuffisance en produits de base. Avec 1,4 milliard d’habitants, la sécurité alimentaire reste une préoccupation majeure en Afrique. L’agriculture assure les moyens de subsistance de plus de 50% de la population et l’insécurité alimentaire frappe une personne sur deux de manière modérée ou grave. Parer à l’insécurité alimentaire suppose d’abord une souveraineté alimentaire, or, l’Afrique peine à assurer sa souveraineté dans ce domaine en raison des multiples obstacles. Il y a d’abord les aléas climatiques récurrents, le manque d’infrastructures de stockage, la faiblesse de l’irrigation et surtout le sous-investissement dans l’innovation. Comme l’explique l’un des participants au forum, Olivier Buyoya, Directeur régional de l’IFC (Société financière internationale) du Groupe Banque mondiale : « Aujourd’hui, si vous allez au Tchad, à Niamey ou autre contrée africaine, le changement climatique n’est pas une théorie, c’est la réalité de tous les jours, il fait très chaud et il y a de moins en moins d’eau. Ce n’est pas un slogan ou une ambition, c’est une réalité et on doit la rattraper » . Avec le réchauffement climatique et son impact sur le rétrécissement des terres arables, le recours à la RD est la voie indiquée pour développer une agriculture soutenable et durable. A ce niveau, l’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P), présente à l’Africa CEO Forum à côté du groupe OCP, a développé tout un programme pour cartographier la nature des sols dans les différents pays africains afin de leur apporter les nutriments nécessaires à leurs spécificités. Dans l’interview accordée à TV5 Monde à l’occasion de ce forum, Khalid Baddou, Directeur des affaires institutionnelles à l’UM6P a déclaré : «Une bonne performance agricole commence par une bonne connaissance du sol. Et aujourd’hui en Afrique, il y a des zones arides et semi-arides, où la nature et la qualité des sols sont complètement différentes d’un pays à un autre. Pour pouvoir apporter des solutions innovantes et alimenter le sol avec les intrants qui vont lui permettre d’être productif, tout en gardant une santé du sol qui soit qualitative, il faut passer par la RD» . C’est ce que s’est attelé à faire, depuis des années, le Groupe OCP en collaboration avec l’UM6P. Lire aussi | El Bouari: une récolte céréalière en forte hausse, à près de 90 millions de quintaux Au Maroc, selon une étude parue dans la revue scientifique Nature Food, le royaume figure parmi les 8 pays africains classés dans le Top 50 mondial des nations les plus autosuffisantes sur le plan alimentaire. Le Maroc est présent dans ce classement avec un taux d’autosuffisance de 161% pour les fruits et de 22% pour les féculents, avec une capacité élevée dans certaines cultures, notamment arboricoles. En revanche, sa dépendance reste marquée dans le domaine des produits laitiers, avec une autosuffisance évaluée à seulement 65 %, bien en deçà des besoins nationaux. Les stratégies agricoles, Plan Maroc Vert 2010-2020 et puis Génération Green 2020-2030, ont fait des exportations de fruits et légumes une priorité. Ces stratégies ont privilégié des cultures d’exportation au détriment des cultures vivrières, celles destinées à satisfaire les besoins de la population, telles que les céréales, le sucre, les huiles de graines. Résultat, le Maroc importe 100% de ses besoins en maïs, 98 % en huiles de graines, plus de la moitié en blé et en sucre. Il se retrouve dans une dépendance vis-à-vis du marché international qui reste en pleine perturbation vu le contexte géopolitique en cours. Le ministère de Agriculture avait expliqué la non priorisation de l’autosuffisance en céréales par un argument de rentabilité : «Pour atteindre cet objectif, nous devons transférer les deux tiers de la surface irriguée et les allouer à cette culture, sachant qu’elle ne génère pas de revenus élevés. Dans le meilleur des cas, la culture des céréales peut générer un bénéfice annuel de 3.500 DH par hectare au détriment d’autres cultures qui peuvent générer entre 6.000 DH et 10.000 DH/Ha» . Selon la Banque mondiale, le Maroc a plus que triplé ses surfaces cultivées sous irrigation localisée (goutte-à-goutte). Or censée être économe en eau, cette technologie a conduit plutôt à une augmentation de la quantité totale d’eau consommée par le secteur agricole. Une situation expliquée par le fait que de nombreux agriculteurs s’y sont convertis, encouragés par les subventions et l’ou